Archives des Nouvelles - Jean-Claude Bourdet https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/category/nouvelles/ Site d'humeur, de goût, de plaisir d'écrire de lire et de partager Mon, 02 Feb 2026 07:43:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0 https://jean-claude-bourdet.fr/wp-content/uploads/2022/01/cropped-icon-32x32.png Archives des Nouvelles - Jean-Claude Bourdet https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/category/nouvelles/ 32 32 alors commença le passé Jean Pugnet https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2026/01/30/alors-commenca-le-passe-jean-pugnet/ Fri, 30 Jan 2026 10:44:16 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2026/01/30/alors-commenca-le-passe-jean-pugnet/ Je vous propose ce recueil de nouvelles écrit sous le pseudonyme de Jean Pugnet qui est le nom de famille de ma mère récemment décédée. Une façon de rendre hommage à cette ancienne institutrice qui était malade dans ses dernières années de vie enfermée dans la solitude de son monde malgré la présence de mon […]

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Je vous propose ce recueil de nouvelles écrit sous le pseudonyme de Jean Pugnet qui est le nom de famille de ma mère récemment décédée. Une façon de rendre hommage à cette ancienne institutrice qui était malade dans ses dernières années de vie enfermée dans la solitude de son monde malgré la présence de mon père et de ses enfants qui ont été présent tout au long de ses derniers mois d’existence. Le livre a été écrit avant son décès, dans un contexte familial tragique.

 

alors commença le passé

Jean Pugnet

Ce recueil de nouvelles explore les thèmes de la perte, du deuil, de la souffrance, de la mémoire et de la résilience. À travers une série de récits introspectifs et poétiques, l’auteur partage ses réflexions personnelles et ses expériences, tout en invitant le lecteur à une introspection sur la vie, la mort, et le sens de l’existence.

Les nouvelles abordent des sujets variés, tels que les rituels funéraires, les souvenirs d’enfance, les relations humaines, la poésie, la philosophie, et les questions existentielles. L’auteur mêle des descriptions détaillées de paysages, des références littéraires et artistiques, ainsi que des dialogues philosophiques pour créer une œuvre riche et profonde.

Le recueil est structuré en 24 nouvelles, chacune explorant un aspect différent de la condition humaine. Parmi les thèmes récurrents, on trouve la confrontation au silence, la quête de sens, la mémoire des disparus, et la manière dont les individus surmontent les épreuves de la vie. L’auteur s’appuie sur des références culturelles, historiques, psychanalytiques et philosophiques pour enrichir ses récits, tout en laissant une place importante à la poésie et à l’imaginaire.

alors commença le passé est une œuvre qui invite à la réflexion sur les mystères de la vie et de la mort, tout en offrant un espace de réconfort et de beauté à travers les mots.

 

Suivez ce lien pour découvrir un extrait de l’ouvrage sur le blog lescosaquesdesfrontieres.com

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Présentation du recueil de nouvelles paru chez Az’art atelier éditions https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2025/01/02/presentation-du-recueil-de-nouvelles-paru-chez-azart-atelier-editions/ Thu, 02 Jan 2025 10:24:14 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2025/01/02/presentation-du-recueil-de-nouvelles-paru-chez-azart-atelier-editions/ J’ai lu un article intéressant dans la rubrique littéraire d’un quotidien national. Un journaliste spécialisé qui signe P.S. présentait le recueil de nouvelles d’un auteur peu connu mais qui avait manifestement attiré son attention. Je vais vous en dire les grandes lignes si vous voulez bien.  amours, haines, peines, joies comme  les premiers bourgeons des […]

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J’ai lu un article intéressant dans la rubrique littéraire d’un quotidien national. Un journaliste spécialisé qui signe P.S. présentait le recueil de nouvelles d’un auteur peu connu mais qui avait manifestement attiré son attention. Je vais vous en dire les grandes lignes si vous voulez bien.

 amours, haines, peines, joies comme  les premiers bourgeons des branches de cerisiers

Jean-Claude Bourdet ; az’art atelier éditions, 2024.

L’auteur de l’article commençait par une remarque sur la longueur du titre qui semblait être la « marque » de l’écrivain dans la maison d’édition qui avait publié deux autres ouvrages : dans le champ de la pensée et du songe le pommier rouge en 2021 et dis grand-père quand tu étais petit comment elles étaient tes mains ? en 2023.

Le recueil comprend 22 nouvelles écrites dans un style soutenu mais fluide avec des variations qui évoqueront aux connaisseurs les jeux littéraires des écrivains oulipiens. L’Oulipo pour Ouvroir de Littérature Potentielle voit le jour au château de Cerisy-la-Salle en 1960 à lors d’un colloque intitulé Une nouvelle défense et illustration de la langue française consacré à l’œuvre de Raymond Queneau.

Le projet oulipien, est-il écrit sur le site consacré à ce mouvement littéraire, est de sortir des illusions surréalistes et sartriennes. Queneau en fixe les grandes lignes : Nous appelons littérature potentielle la recherche de formes, de structures nouvelles et qui pourront être utilisées par les écrivains de la façon qui leur plaira.

Les auteurs qui se réfèrent encore à ce courant littéraire aiment entrainer le lecteur dans une variété de genres qui mêle thriller, roman politique, roman psychologique voire « littérature blanche », comme j’ai pu le lire, pour spécifier une ligne littéraire défendue par Gallimard qui édite par ailleurs une « série noire » bien connue. Mais c’est l’utilisation de contraintes et de paradoxes qui vont devenir la signature de ce mouvement qui rêve d’accentuer les liens de la littérature avec les mathématiques.

L’auteur des nouvelles, psychiatre-psychanalyste, s’éloigne cependant de ce mouvement, auquel il n’a jamais adhéré même s’il l’a expérimenté dans un texte :

L.-B.-S. J-C.-L.

L.B.-J.-S. -C.L.-

Texte, non édité, commandé par Jean-Claude Loubières, sculpteur de livres, au sujet d’une de ses œuvres, La Bibliothèque suspendu. Dans ce travail Jean-Claude Bourdet se réfère à l’OuLiPo et rédige un acrostiche qui donne à son texte une forme singulière. Par ailleurs, il a écouté, comme de nombreux auditeurs de France Culture, la fameuse émission Les papous dans la tête.

Emission colonisée par les membres de l’Oulipo, elle cessa d’émettre fin juin 2018, L’Oulipo est une sorte de Confrérie initialement secrète, anticonformiste, qui compte tout de même quelques vedettes littéraires parmi les 41 membres inscrits sur la liste des oulipiens, dont 6 femmes pour 35 hommes. Je vous renvoie, écrit P.S., à la liste sur le site mais tout le monde connait bien-sûr Jacques Perec, Raymond Queneau un des fondateurs, mais aussi Marcel Duchamp admis dès 1962, François Caradec (1983), je peux également citer Hervé Le Tellier un des collaborateurs des Papous, mais aussi Jean Lescure poète, directeur de revue etc. On peut reconnaitre à ce mouvement l’apport inestimable qu’il a fait à la littérature et aux arts mais on connait peut-être moins l’usage qui en a été effectué dans les ateliers d’écriture auxquels il fournit inlassablement les propositions créatives de la rubrique « contraintes ».

Jean-Claude Bourdet a exploré le jeu des contraintes mais il s’est vite aperçu que cela le menait à une impasse narrative – peu de goût pour la phrase sans ponctuation, si ce n’est en écriture poétique, peu d’intérêt pour l’éviction d’une voyelle ou d’une consonne ou des deux, aucun intérêt pour les contraintes géométriques, mathématiques, etc… –  trop compliqué, trop intellectuel – mais alors quel est le lien avec l’oulipo ?

Je pense qu’il s’agit d’un frayage littéraire, un emprunt « à minima » aux étranges objets littéraires que représentent des ouvrages comme

-La disparition, qui ne contient aucun E, de Georges Perec ;

-Exercices de style, qui raconte 99 histoires sous des formes différentes, de Raymond Queneau.

Dit-il lorsque P.S. l’interroge sur ce sujet.

Le choix de l’éditeur est intéressant, est-il écrit dans l’article. La maison d’édition, après avoir été installée une dizaine d’années dans une péniche sur le canal du Midi à Toulouse, se situe désormais à Pamiers, ville d’origine du couple fondateur. Danielle et James sont à eux deux l’archétype des éditeurs indépendants, militants, antisystèmes, dévoués à leurs auteurs et à l’écriture en « laissant la place à l’inattendu des rencontres » comme il est écrit sur leur site. Danièle déploie une énergie singulière à maintenir à flot le navire qui est désormais ancré à Pamiers près de la gare Sncf car aucun des deux ne conduit. Leur démarche artisanale est précieuse pour les auteurs qui sont où ont été accompagnés dans leur projet par cette femme aux multiples existences.

Tour à tour enseignante, magistrate, costumière, éditrice, écrivaine et poète sous le nom de plume de Elleinad, elle déniche les talents, fabrique le livre de A à Z, la maquette, le choix de la typographie, de la couverture, du titre le tout en maintenant un dialogue créatif avec l’auteur qui se sent accompagné et soutenu dans sa démarche.

Les auteurs qui se retrouvent dans le team de Az’art, issus d’horizons très variés, partagent tous la passion commune de l’écriture et du livre papier.

Mais revenons au recueil.

Le livre nous fait visiter 22 tableaux narratifs de facture différente qui nous plongent progressivement dans un abîme qui m’a parfois fait penser à ces vers de Baudelaire dans L’homme et la mer : Tu contemples ton âme…et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Même si on peut regrouper ces tableaux narratifs sous quelques rubriques facilement identifiables : enquêtes policières, essai philosophique, drame psychologique où exploration de l’inconscient, il ne s’agit pas d’un livre de psychanalyse à proprement parler. Il s’agit, comme l’auteur aime à définir ses écrits en référence à la couture, métier de sa grand-mère maternelle, d’un ouvrage écrit par un psychanalyste. La spontanéité narrative se déploie au fil des pages selon une modalité associative qui témoigne d’une pratique ancrée dans la plume de l’auteur, qui tient à préciser que ses nouvelles sont des « pures fictions » essentiellement nées de son imagination.

Les sujets abordés restent assez communs tout en tentant d’explorer l’intime et l’universel : l’amitié (Non je n’ai rien entendu ; Le cri du gravier), la passion amoureuse (Chambre 26, un fauteuil de velours rouge ; Je ne me noie pas j’attends seulement que quelqu’un vienne), la folie (Rome, Pirandello, la folie), mais aussi le souvenir, le cauchemar, l’anecdote (colis, errance et vagabondages), la tragédie de la mort (Ultime lettre d’adieu).

Les sujets abordés sont la plupart du temps liés à l’environnement socio-professionnel et culturel de l’auteur, son goût pour l’écriture, la psychanalyste bien-sûr, mais aussi ses centres d’intérêts, l’art, la philosophie, le théâtre, le fantastique entre autres.

L’auteur de l’article relève aussi une thématique plus existentielle et quelque peu camusienne – pas étonnant pour quelqu’un qui a écrit  Exploration psychanalytique du Premier homme d’Albert Camus * – contenue dans le long titre du livre : l’éternel retour, la succession des saisons qui voient renaître les bourgeons de l’amour et de la haine, le couple infernal de l’existence, avec celui de la vie et de la mort et de leurs rejetons, les joies et les peines, que l’on peut décliner dans tous les sens que les chamboulements des passions humaines leur font adopter.

La conclusion de l’article était plutôt élogieuse :

Je dois dire que j’ai lu avec plaisir les 22 nouvelles, le style soutenu, parfois érudit sert à merveille le récit de ces vies fragmentées auxquelles chacune et chacun peut s’identifier où en tout cas y retrouver un élément de sa propre histoire. J’ai ainsi partagé avec l’auteur les amours, haines, peines, joies comme s’ils étaient les premiers bourgeons des branches de cerisiers, comme une première fois.

 

 

  • A paraitre, 2025, participation à un ouvrage collectif dirigé par Marie-Claude San Juan sur Camus.

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La thèse https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2023/03/17/la-these/ Fri, 17 Mar 2023 08:47:21 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2023/03/17/la-these/ Henri IV, souriant avec complaisance – Selon vous, je serais donc vraiment fourbe ? Le Docteur– Non, non, ni fourbe, ni entêté ! [1]   Elle était en train d’écrire une thèse de second cycle sur l’œuvre de Pirandello, le prix Nobel Italien. Elle citait parfois des extraits d’un des ouvrages de l’auteur qu’elle avait découverte lors […]

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Henri IV, souriant avec complaisance – Selon vous, je serais donc vraiment fourbe ?

Le Docteur– Non, non, ni fourbe, ni entêté ! [1]

 

Elle était en train d’écrire une thèse de second cycle sur l’œuvre de Pirandello, le prix Nobel Italien. Elle citait parfois des extraits d’un des ouvrages de l’auteur qu’elle avait découverte lors d’un voyage à Rome en Italie en troisième, avec sa professeur de français.

9 mai 1921 : une date qui a changé l’histoire du théâtre européen. Au Teatro Valle de Rome, Pirandello fait représenter Les six personnages en quête d’auteur. Ce soir-là, la troupe de Dario Niccodemi, avec Vera Vergani et Luigi Almirante dans les rôles principaux, se retrouve face à un public turbulent. Les comptes rendus parus dans les quotidiens de l’époque ne disent presque rien du spectacle, mais ils s’arrêtent tous sur ces détails du public huant et de l’auteur qui s’échappe dans la confusion. Et pourtant, dès les premières représentations de la pièce en tournée, on en saisit toute la valeur : c’est une nouvelle forme de théâtre qui est donnée à voir, une pièce « à faire », affichant sa construction ; bien plus qu’une forme de méta théâtre, un théâtre célébrant la fin du drame et du dramatique, un théâtre entre vérité et fiction, métaphore de la condition de l’homme moderne.

C’est en citant cet article du Carnet de recherche des Editions universitaires d’Avignon que la professeur avait introduit le thème du voyage. Elie, qui s’allongeait trois fois par semaine sur le divan de la rue de Tivoli, n’avait rien compris à ce charabia d’intellectuels comme avaient répétées ses camarades de classe. C’était une troisième turbulente et bigarrée d’un collège de la Métropole, le français n’était pas la matière la plus suivie mais la perspective d’un voyage en Italie les avaient toutes séduites et dans un effort quasi surhumain, en tout cas remarqué par tous les enseignants la troisième E s’était rangée derrière l’étendard de la littérature et de la poésie, et accessoirement des mathématiques car le prof de math était de la partie. Le prof d’histoire qui était amoureux de la prof de français avait décrété que l’histoire de l’Italie était indispensable et nécessaire pour étoffer l’apport culturel des jeunes élèves. Ainsi 25 sauvages avaient pris d’assaut, un dimanche matin d’Avril, la veille de la reprise des congés de pâques pour 24 heures de voyage arrêts pipi inclus. Les amours, les haines, les peines et les joies avaient fleuri comme les premiers bourgeons des branches de cerisiers.

Les courtisans sont convaincus que Henri IV est fou. Il les convainc qu’il est fou. Qui est le plus fou ? Celui qui est fou ? Celui qui croit qu’il est fou ? Celui qui a la certitude chevillée au corps et à l’âme qu’il est fou ? Il ? L’autre bien-entendu ! L’autre qui croit qu’il est avéré que le fou n’a pas de conscience, ne sait pas qu’il est fou et affirme : je ne suis pas fou tout de même ! Vous n’allez pas croire tous ces vils flatteurs, ces courtisans assoiffés de pouvoir, ces filles de joie qui n’en veulent qu’à ma virginité, qu’à ma bourse, mes bourses devrais-je dire ! N’allez pas croire que je ne suis pas fou, car seul le fou croit qu’il ne l’est pas…fou ! Suis-je fou ? dites-le-moi franchement Docteur, suis-je fou moi qui vous voit, qui vous connait, moi qui voit le regard que vous lancez à ma femme, suis-je fou de jalousie Docteur ? Mais non Majesté qu’allez-vous donc imaginer, votre jalousie héréditaire – votre père était jaloux, il voyait des amants dans tous les placards, il a ainsi occis plusieurs conseillés, les pauvres ils étaient si effrayés par sa folie qu’ils réalisaient ses plus obscurs fantasmes et finissaient souvent au fil de son épée – votre jalousie héréditaire vous joue encore un mauvais tour. Ce n’est pas parce que vous avez vu votre femme, la Marquise Mathilda sortir de mon carrosse que cela veut dire qu’elle est ma maitresse et vous savez bien que je souhaite épouser sa chère fille Frida. Pas Frida Kahlo, elle n’est pas encore née, la fille Frida de la Marquise Mathilde Spina qu’il me plait d’imaginer votre maitresse officielle la Reine le sait bien. Ah mon imagination me trouble, vos mots ont altéré mon jugement.

C’est vous, Majesté, qui voulez recommencer à aimer. Ah aimer ! Ah aimer ! N’est-il pas plus tendre folie ? L’espace s’élargit, le corps s’allège, les sentiments sont transportés dans un élan irrépressible vers l’objet de notre amour ! A tendre cher amour !  J’aime aimer Docteur ! Est-ce là pure folie ?

La famille de Pirandello était d’origine Sicilienne, Luigi est né à Agrigente en 1867, son grand-père paternel, riche propriétaire terrien a eu de nombreux enfants, le père de Luigi a combattu pour l’unité de l’Italie dans les troupes du général Garibaldi considéré comme l’un des pères de l’Italie. Enfant surdoué, le jeune Luigi est orienté vers des études scientifiques malgré son attrait marqué pour la littérature. Dès qu’il le pût il alla à Rome puis s’inscrit à l’université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn en Allemagne où il obtient un doctorat en philosophie et lettres en soutenant une thèse de linguistique en dialectologie. Il épousera une jeune femme dont il aura trois enfants. Mais Priva, comme elle se nomme, est atteinte d’une jalousie pathologique, délirante. Contre l’avis des médecins Pirandello s’occupera lui-même de la mère de ses enfants tout en se réfugiant dans un travail d’écriture acharné. Ce sont ses pièces de théâtre qui feront sa renommée internationale. Il obtiendra le prix Nobel en 1934. Très proche de Mussolini, il ne rompra jamais vraiment avec le fascisme italien. Il meurt d’une pneumonie en 1936 alors qu’il préparait une adaptation cinématographique de Feu Mathias Pascal sur le thème du changement d’identité et de vie.

La question de la folie a obsédé Pirandello qui la côtoyait quotidiennement avec la femme qu’il aimait.

Les personnages de Henri IV peuvent certainement être chacun perçus, comme, à la fois les représentants d’un morceau d’histoire générale, et les représentants d’histoire personnelle de l’auteur. C’est fréquent dans les œuvres littéraires mais la confusion qui règne sur la pièce est contagieuse autant que la folie qui sait créer les conditions d’un étourdissement transférentiel chez l’auditeur du spectacle. L’incohérence des processus primaires qui sous-tendent par moment le propos du roi précipite ses interlocuteurs dans un univers onirique qui manque en permanence de virer au cauchemar.

J’ai ainsi écouté trois fois par semaine ses réflexions sur le travail de cet auteur découvert sous le soleil de Rome dans l’éclat d’une idéologie dépassée, nostalgique de ses lustres qu’elle haïssait par ailleurs en bonne fille d’institutrice anticléricale.

Ce n’est pas une question, c’est une exclamation qui jaillit dans un frisson de terreur et n’attend aucune réponse de l’obscurité et du silence terrible de la salle, qui vient brusquement de s’emplir pour lui de la terreur d’être vraiment fou. [2]

FIN

 

  • Pirandello Luigi, Henry IV, Acte III, p.60, ed Amazon, Sir Angels, 1992
  • op.cit., p.60

 

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Au suivant https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2023/01/27/au-suivant/ Fri, 27 Jan 2023 17:07:11 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=1433 Au suivant Au suivant c’était une chanson de Jacques Brel. Au suivant Au suivant. Il répétait ça à l’infini depuis 15 ans. Au suivant Au suivant -Je vais répéter ça à l’infini pendant 15 ans. Le sentiment de culpabilité était, cette année, la principale raison de sa venue à mon cabinet. Au suivant Au suivant. […]

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Au suivant Au suivant c’était une chanson de Jacques Brel. Au suivant Au suivant. Il répétait ça à l’infini depuis 15 ans.

Au suivant Au suivant

-Je vais répéter ça à l’infini pendant 15 ans.

Le sentiment de culpabilité était, cette année, la principale raison de sa venue à mon cabinet.

Au suivant Au suivant.

Et de l’arrêt de ses séances.

Au suivant Au suivant.

Cela aurait pû être la devise de cet homme.

Ne pas exister, au suivant !

Il appliquait méthodiquement les recettes de la chanson. Chaque nouvelle conquête se traduisait par une invention. Il inventait sans cesses. Au suivant. Identifié au supposé objet de son désir. Les femmes défilaient. Les trop claires, les brunes, les métis, les grandes, les petites. Il avait essayé les naines, les obèses, les maigres, les amputées, les syphilitiques, les saines, les méres, les filles. Il répugnait à l’idées des enfants, c’était sa seule limite. La nécrophilie succédait à l’anesthésie. Le crime ne l’éffrayait pas. Il ne se disait pas obsédé , juste explorateur du sexe, insatiable mais satisfait de toutes les expériences qu’il exécutait minutieusement. Il préparait tout avait pour cela des cahiers écrits d’une plume séche, à l’encre violette ou parme. Le code couleur était immuable.

J’avais juste vingt ans et nous étions cent vingt.

A être le suivant de celui qui suivait.

Au suivant

Au suivant.

Je devais être le cinquantième thérapeute à qui il répétait son histoire, sans en changer une virgule. Je le sus par un collègue qui avait noté les cinq séances qu’il accordait à chaque nouveau psychiatre. 

Je le sus car il resta.

Je le rencontrais depuis maintenant une année. Trois fois par semaine. Il disait avoir trente cinq ans ou peut-être quarante. Tout c’était enrayé depuis la perte de sa dernière conquête.

Il avait cru que ce serait comme les autres fois, il  s’était débrouillé pour rencontrer la jeune femme au Carrefour Contact prés de la caserne des pompiers, il changeait souvent de lieu de chasse. Elle avait rapidement succombé à son charme. Sa technique de chasse était très ritualisée mais il y avait toujours une marge d’improvisation, c’est ce qui lui procurait une redoutable efficacité. Cette fois la jeune femme était accompagnée d’un garçon de cinq ans qui chouinait et exigeait qu’elle lui achète une voiture de police miniature, ce qu’elle refusait obstinément déclenchant des réaction de rage enfantine chez l’enfant.

Il s’approcha d’eux, profitant d’une accalmie dans les gesticulations haineuses du petit monstre. Il se pencha et lui murmura quelque chose à l’oreille. L’enfant se retourna vers lui et hurla de plus belle. La femme, exaspérée ne pu retenir un geste de colère et lança une main vers la joue gauche du gamin qui hurla de plus belle.

-Je suis désolé, je croyais pouvoir le raisonner en lui disant de se calmer mais manifestement votre fils est pris par une angoisse insurmontabme et dominé par une réaction caractérielle qui masque sa peur.

-Ce n’est pas mon fils, c’est le fils de mon frère, je suis sa maraine, je l’ai pour la journée. Il n’est pas habitué à ce qu’on lui dise non !

La suite fut assez fluide, il récupéra le numéro de téléphone de la jeune femme et rentra chez lui avec la promesse d’un rendez-vous rapide.

En s’asseyant sur son canapé en lin écru. Il s’affaisse un peu il devrait le taper pour en redresser l’assise. Il sortit le bout de papier sur lequel était inscrit le numéro. Il vit le visage anguleux, la peau laiteuse avec une rougeur nette de colère retenue lorsqu’elle s’adressait à son filleul, quelques ridules au coin de ses yeux marrons et de ses commissures de lèvre. La coiffure un peu défaite, les mèches qui se courbaient sur son front lorsqu’elle a détourné le visage vers lui, sa silhouhette un peu lourde, dissimulée sous un jogging trop large. Un Polo Club rose soulignait sa poitrine généreuse. Elle n’était pas belle, ni sportive. Mais lorsque le sourire perça sur son visage il fut littéralement transporté et ressentit un coup violent dans la poitrine.

Je l’entendis dire plus tard, qu’il reconnaissait là le sourire de sa sœur ainée Marie. Elle adorait Jacques Brel qui passait en boucle sur le mange disque dans sa chambre.

Il aimait marcher. Ils étaient allés sur les bords du Canal Latéral. Ils avaient pris la A 62, étaient sortis à la hauteur de La Réole et avaient garés la Zoé devant l’église de Fontet. Arrivés à l’écluse n° 48 de l’Auriole elle avait raconté une histoire qu’elle attribuait à la légende du Moulin d’Auriole. La bâtisse du XVIII é étalait ses fenêtres pompeuses sur une façade ouvrière blanchie par le vent et la pluie. Le silence enveloppait les lieux. La voix de Marjolaine, c’était son petit nom, cristallisait l’attention de Benoit au point de lui faire froncer les sourcils qu’il avait broussailleux. Un sourire crispé ornait son visage rond de quarantenaire nonchalant. La jeune femme, certaine de son effet contait une histoire qui les meuniers se transmettaient de génération en génération. Le Siroco asséchait l’air de cet après-midi d’octobre, il emportait les phrases qui se fracassaient contre le pont de l’écluse. Quelques mots, durs comme des galets ricochaient sur les circonvolutions crâniennes de l’homme.

J’ai oublié le contenu du récit qu’elle avait inventé pour s’amuser et que l’on peut retrouver dans un des huit tomes de Contes et légendes de nos moulins.

Les mois passérent, un semblant de routine s’était installée, ils se retrouvaient deux fois par semaine, toujours chez elle, un vaste appartement rue des Rousselles, ils allaient diner en ville, voir un spectacle, un film, et il rentrait chez lui. Au bout de trois mois, un record pour lui, mais pour elle aussi lui disait-elle, ils aménagèrent rue de la Rousselle au premier étage de l’immeuble de pierre blonde. Le quartier était animé en journée toute l’année. Un petit commerce artisanal et quelques ateliers d’artistes tentaient de survivre à l’attrait du centre ville et de la rue Sainte Catherine. L’été les touristes empruntaient la rue classée. Le soir venu les bars des quais s’emplissaient d’une foule bruyante qu’ils fuyaient en se réfugiant à la campagne. Ils louaient un gite non loin de Belin Béliet sur les berges de l’Eyre. Leur liaison dura deux ans, deux ans de calme et de sérénité. Puis un soir où ils avaient rendez-vous au Ramblin’ quai Richelieu, elle ne vint pas, il l’appela, la rechercha en vain. Elle avait disparue. Il alla même à l’Hotel de Police mais n’étant ni mariés, ni paccés, sa démarche resta lettre morte. Il attendit, laissant des messages inquiets, exacerbés, effondrés sur son répondeur. Il ne comprenait pas habitué à maitriser le jeu, il s’éffondra. Au bout d’un mois d’errance, il reçut une lettre postée d’un pays étranger. Elle lui demandait de l’oublier, lui écrivait qu’ils avaient vécu une histoire merveilleuse qu’elle n’oublirait jamais mais qui s’arrêtait là. Il essaya en vain de poursuivre ses recherches mais du se résoudre à accepter sa perte.

Un ami commun lui indiqua mon adresse. Il vint sonner à la porte de mon cabinet.

Au suivant Au suivant

FIN

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Le crissement https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/02/05/le-crissement/ Sat, 05 Feb 2022 17:46:13 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=1333 Sweet child in time You’ll see the line The line that’s drawn between The good and the bad Child in time, Deep Purple Le crissement. Article paru sur le blog Les cosaques des frontières. https://lescosaquesdesfrontieres.com/ Ce jeudi de janvier 1962, la quatre chevaux grise cahotait sur le chemin qui montait au château. Assis à l’arrière […]

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Sweet child in time

You’ll see the line

The line that’s drawn between

The good and the bad

Child in time, Deep Purple

Le crissement.

Article paru sur le blog Les cosaques des frontières.

https://lescosaquesdesfrontieres.com/

Ce jeudi de janvier 1962, la quatre chevaux grise cahotait sur le chemin qui montait au château. Assis à l’arrière je voyais défiler les frondaisons des châtaigniers et des sapins qui longeaient les fossés envahis de fougères. Le père conduisait agrippé au volant de plastique dur. Les ingénieurs avaient certainement considéré que le peuple laborieux n’avait pas besoin d’assistance, la conduite nécessitait une force et une attention qui rendait toute conversation inutile durant l’ascension. Il m’emmenait parfois dans ses tournées qui le conduisaient sur les petites routes de ce pays, devenu depuis, la communauté des communes de l’Isle-Loue-Auvezère, au nord-est du Périgord vert. Mes souvenirs sont, comme toujours, fragmentés en une série d’images, de tableaux comme dirait un metteur en scène. Après la montée au château, viendrait l’arrivée dans la cour gravillonnée. Là ce ne sont plus seulement des images qui soutiennent la narration, le bruit particulier des pneus sur le gravier, gravé dans un lieu de ma mémoire sature la vision d’un son aigu, presque désagréable. Le bruit des pas du père – une sorte de crissement produit par, à la fois, le glissement des centaines de petits cailloux ovales ou ronds et la compression de l’air sous la pression des souliers, comme le claquement atténué d’une culasse – le bruit donc de ses pas signalait le début de l’attente.

  • Je n’en ai pas pour longtemps, il faut juste que je lui renouvelle son ordonnance.

En général, je profitais de ce temps pour rêvasser, comme disait mon grand-père.

  • Tu rêvasse encore Jean, fait-donc ton exercice de calcul.

Combien de fois l’ancien directeur d’école avait dû énoncer cette phrase durant sa carrière dans ce village du Lot qu’il n’avait jamais quitté. Il y reposait désormais, en haut de la colline, face au château de Latreyne.

J’aimais observer les nuages qui défilaient. De beaux cumulus escortaient d’énormes cumulonimbus, chargés d’électricité, vaisseaux amiraux d’une flotte nuageuse. J’ai toujours craint les orages. Mes parents racontaient des histoires effrayantes, enfant foudroyé dans un champ, alors qu’il s’était abrité sous un arbre ; boule de feux qui jaillissait d’une cheminée comme une comète, ricochant sur les objets de la cuisine, ressortant par une fenêtre ouverte pour se perdre dans la nuit.

Le cri du gravier sous des pas me tira de ma rêverie.

  • Comment tu t’appelles ? Moi c’est Nicole !

Je laissais les commandes du navire amiral à mon second imaginaire pour baisser un œil vers cette phrase interrogative. Il y avait, au bord inférieur de la vitre arrière de la voiture, une sorte de chignon qui répétait la question en s’agaçant.

  • Alors ? Tu es sourd ou muet ?

Je me réhaussait sur le siège et osait lancer un coup d’œil en direction de l’autorité enfantine de la voix.

  • Moi c’est Jean, j’attends mon père.
  • Viens avec moi ! Dit la voix.

J’étais habituellement très respectueux de l’autorité et, jusqu’à ce jour, je n’avais jamais dérogé à l’injonction paternelle. J’attendais patiemment en rêvassant. A cet instant, pourtant, le charme de la voix cristalline eut raison, en un millionième de nanoseconde, de ma soumission et, sans vraiment m’en rendre compte, ce sont nos pas qui firent gémir le gravier.

  • Tu n’aurais jamais dû la suivre !

La voix de mon père raisonnait juste derrière la paroi de mon front. Mais elle était impuissante à me faire obéir. Pour la première fois dans ma courte vie je faisais l’expérience de la force de l’amour.

Sa main gauche tenait maintenant fermement ma main droite. Nous marchions enveloppés d’un halo de brume enchantée. Nos pas ne trahissaient plus la souffrance des gravillons. D’ailleurs le gravier flottait à quelques millimètres du sol, déroulant un tapis qui suspendait tous nos efforts. Un monde lumineux rayonnait dans nos cœurs d’enfants. Nous descendîmes le chemin caillouteux qui conduisait à la forge, en contrebas du vieux château. Le bruit infernal de la machinerie de l’atelier de tréfilerie, qui produisait encore des pointes longues, fit ricocher le mot dans mon esprit : infernal, infernal, infer…

La vapeur, l’odeur du métal chauffé, le bruit assourdissant des machines, le mot surtout je crois maintenant, eurent raison du charme.

Je connaissais Nicole, elle fréquentait la même école que moi, dans le village sur la colline d’en face. Elle était en grande section de maternelle. Je la voyais, sans reconnaitre l’enfant timide, toujours vêtue d’une robe bleue délavée dépassant du tablier rose pâle qui enveloppait les filles d’un anonymat réglementaire.

Sans aucun mot je lâchais sa main, son regard se tourna vers moi un instant qui dura une éternité. Je la vis s’éloigner, seule désormais, sur le chemin qui menait à la maison que ses parents occupaient au pied des deux tours rondes du château.

Je me retournais et gravit le sentier en sens inverse. L’ombre d’un nuage enveloppa d’un poids immense mes épaules fatiguées. Mes pas me ramenèrent dans la 4 cv qui n’avait pas bougé. Je fus malade toute la nuit, le lendemain matin mon père dit que j’avais une angine sévère. Je passais toute la semaine au lit et, la fièvre ne tombant pas, fut transféré à l’hôpital de Périgueux où on diagnostiqua une pneumonie. Je fus hospitalisé un bon mois. Lorsque je pus rentrer chez moi, je restais encore un mois à la maison. La bonne me faisait réciter les devoirs que le maître passait tous les soirs à ma mère. Je restais absent trois mois.

Lorsque je revins à l’école, la veille des vacances de pâques, j’eu beau chercher Nicole, je ne la vis pas. Je demandais à ma mère ce qu’elle était devenue, elle ne comprit pas tout de suite de qui je parlais.

Puis son visage se ferma :

– Nicole mais on l’a enterrée en décembre, elle était en grande section de maternelle, elle est tombée en jouant dans la forge de ses parents, elle est morte sur le coup.

Fin

Jean-Claude Bourdet

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L’histoire de pierre https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/01/18/lhistoire-de-pierre/ https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/01/18/lhistoire-de-pierre/#respond Tue, 18 Jan 2022 04:18:40 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=819 Tous les chapitres de la nouvelle…

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Un long dimanche de printemps https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/01/17/un-long-dimanche-de-printemps/ https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/01/17/un-long-dimanche-de-printemps/#respond Mon, 17 Jan 2022 14:44:09 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=783 En chemin, comme torrent sans souffle. Je prête mon souffle aux pierres. J’avance, avec l’ombre sur les épaules. A. Dubouchet. Dans la chaleur vacante. Le soleil, l’espace d’un instant, a éclairé l’horizon transformant la plaine de Pinsac en tableau de Turner. J’ai pensé : quelle audace, quelle conviction lui fallait-il pour fixer l’instant, l’intégrer et le […]

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En chemin, comme torrent sans souffle. Je prête mon souffle aux pierres. J’avance, avec l’ombre sur les épaules. A. Dubouchet. Dans la chaleur vacante.

Le soleil, l’espace d’un instant, a éclairé l’horizon transformant la plaine de Pinsac en tableau de Turner. J’ai pensé : quelle audace, quelle conviction lui fallait-il pour fixer l’instant, l’intégrer et le peindre. En relisant l’idée m’est venue que c’est de patience et d’obstination que le peintre devait se revêtir pour atteindre le sublime des transparences et des humeurs que ses tableaux projettent à travers l’espace et le temps.

La ballade se poursuit inlassablement dans cet univers travaillé par l’agriculture depuis des centaines d’années.

Les noyers chassent les champs de tournesols. A la saison, le maïs succède aux grasses prairies utilisées pour l’ensilage qui nourrit les vaches laitières toute l’année.

Une terre bio est recouverte de fèves pollinisées par les quelques ruchers de la région. Cette année, les abeilles ont été décimées, cinquante à soixante pour cent des ruches ont disparu. Dans le village, mon père en avait perdu sept sur huit, il ne lui en restait qu’une qu’il défendait bec et ongles contre l’envahisseur asiatique, les pesticides et la sécheresse.

Les buis sont morts, grignotés par la larve de la Pyrale. Importée accidentellement dans les années 2000, elle laisse derrière elle des squelettes de bois secs, tordus par les ans, gris comme la mélancolie qui étreint mon cœur quand je les vois.

En rentrant de promenade, j’ouvre un livre d’Erri De Luca : Le tour de l’oie.

Il écrit au fils qu’il n’a pas eu. Il instaure un dialogue intime, sensible dans une langue unique.

Il y a un passage dans lequel l’auteur parle de Naples, pas de la ville, de son Naples, sauvage, tendre, mystérieux. Il en parle en résident pas en passant.

Donc, je m’installe, les mots s’alignent, l’intimité du propos semble masquée par la généralité du sujet. De Luca sait que la vie est une profonde, infinie injustice.

Je lis avec lenteur, le sujet est sérieux et m’intrigue. A un moment, la proximité des Dieux, de Vulcain me fait lire : « Telle est la ville : échange de politesses entre le dieu du feu et celui à la tête de méduse. »

La tête de méduse, Gorgone, surgit en lieu et place de « à la tête des Muses. »

Un trouble me saisit, il ouvre une chaine associative et me précipite dans une Italie imaginaire. Géographie freudienne qui jalonne mes voyages. Vienne, Londres, mais aussi Grodno en Biélorussise. Des amis m’y ont offert un des deux exemplaires de Freud en cyrillique qui ornent ma bibliothèque.

Là c’est le souvenir de Rome, de ma vaine quête du bas-relief “Gradiva”, dans un musée du Vatican inondé de touristes, qui me vient à l’esprit. J’en ai été réduit à demander à une amie, de passage dans cette ville, de bien vouloir m’en effectuer une photo pour m’assurer, je crois, de son existence et me sortir du malaise que l’échec de cette expérience avait laissé en moi.

Un autre jour.

Nous sommes sur la côte, avec Marjorie ma compagne, dans notre chalet. Le yoga en pleine conscience introduit la matinée, le cocon du petit poêle réchauffe le séjour ouvert sur la forêt.

Deux pins, mes « sentinelles », veillent jour et nuit sur la maison de bois. En milieu d’après-midi leurs aiguilles adoucissent la lumière d’Avril. Nous restons ainsi sur la terrasse, alanguis sur de vieux transats. Ils nous offrent la tranquillité du « Dormeur éveillé » du Songe de Constantin, dont parle J.B. Pontalis.

Marjorie lit un livre de Juan Branco “Crépuscule”. L’auteur jette un regard acéré sur l’état de corruption des élites républicaines françaises dans un pamphlet politique brûlant.

Les Gilets Jaunes, pendant ce temps continuent leur mouvement débuté en Octobre 2018.

Récemment, en une Assemblée des Assemblées, ce mois d’Avril 2019, ils ont énoncé un cahier de route révolutionnaire. Réaffirmant leur indépendance politique, les nouveaux militants appellent à « mettre fin à l’accaparement du vivant » et affirment assumer « une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires un nouveau mouvement social écologique et populaire ».

Cette nuit Notre Dame a brûlé, figure d’une apocalypse contemporaine. Les médias se sont emparés des images de la flèche de Viollet-le-Duc, haute de 96 mètres, dépassant des hautes flammes qui devaient l’abattre à 20h ce lundi soir.

Le monde entier s’est ému de la destruction partielle de la cathédrale, symbole d’un Paris théâtralisé au XIXe siècle par Victor Hugo et starisé par Walt Disney au XXe.

Une souscription a été lancée, instantanément, avant même que l’incendie ne soit maitrisé par les pompiers de Paris mobilisés comme il se doit.

Bonjour, je ne me suis pas encore présenté.

Je me nomme Jean, je fais l’acteur, et occasionnellement le psy pour mes amis. Je collectionne les livres de Freud dans toutes les langues. J’ai 52 ans, je suis un régime pour retrouver un poids idéal que j’ai fixé à 76 kg pour mes 1m76. J’aime marcher avec Marjorie. Les aéroports m’ennuient, me stressent, bien que mon métier me contraigne à les fréquenter, je ne m’y fais pas. Nous ne prenons l’avion que lorsque c’est nécessaire. Habituellement, nous passons le plus clair de notre temps entre Bordeaux, la côte atlantique et un petit village du Lot. J’ai un frère, Joris de quelques années plus jeune que moi. Il a eu un accident de la route quand il était adolescent et en garde des séquelles neuromotrices et psychiatriques. Il compte beaucoup sur nous et nous appelle régulièrement au secours.

Un an plus tard à Bordeaux.

Je suis confiné depuis un mois environ lorsque je rédige cette note. Une pandémie, nommée COVID-19 par l’OMS a précipité la majorité des pays du monde dans une crise sans précédent.

Quand je suis assis à la table de séjour de l’appartement, au dernier étage du bâtiment, je vois distinctement sur ma gauche les bâtiments rectilignes de la cité administrative.

Depuis cette date, je photographie tous les matins les deux tours de la cité que je poste sur mon compte Twitter. La lumière change tout le temps. Ce matin, 3 Avril 2020, la sphère rouge du soleil s’est retrouvée quelques instants entre les tours, à leur racine.

Si je regarde en bas à gauche de la fenêtre de notre grand séjour, j’entrevois parfois deux jeunes enfants jouer au ballon dans le jardin minuscule de leur échoppe.

L’après-midi s’étire dans un halo de brume, le clip clap des gouttes de pluie compose une musique monotone, répétitive, sur le thème de la nostalgie et de la morosité.

Aucune fleur ne pare le balcon du 5é étage. La pluie interminable a atteint mon humeur. En lentes reptations elle serpente dans mes os, je les entends râler à chacun de mes mouvements.

La lumière froide du Jardin des fleurs n’est plus la scène discrète de mes escapades. Mélanie, une amie, se lamente dans une banlieue grise. Les couronnes funéraires ont remplacé les criardes tulipes hollandaises. Elles ornent désormais les cercueils abandonnés, anonymes.

Je les ai vus à la télé, ils étaient en carton. L’Amérique du Sud les utilise comme dernière demeure des défunts. Les morts partent en catimini, à l’abri des regards, sans laisser de trace, leurs corps à l’abandon, sans même un dernier soin.

Marjorie remplit l’appartement d’ordinateurs, de notes qu’elle abandonne au gré de ses déplacements. Je nettoie à l’alcool ménager parfumé au citron, j’aime cette odeur de propreté. Demain c’est moi qui occuperai la grande table à manger blanche. J’essaierai d’écrire. La plupart du temps, depuis le début du confinement, je regarde mes mails, mes messages et visionne des vidéos débiles. Marjorie a entrepris de ranger une pièce par semaine, elle fait cela très bien, consciencieusement. J’aime la regarder lever les bras vers les hauts placards de la cuisine.

Je viens de lire un entretien de l’historien Patrick Boucheron « En quoi aujourd’hui diffère d’hier ». Il est interviewé par un journaliste de Médiapart.

Je ne me doutais pas, l’an dernier, en écrivant ce long dimanche d’avril, que je regardais le XXe siècle de ma page blanche. L’histoire est entrée avec un grand « H » que chacun interprète comme il l’entend. Moi, j’y vois beaucoup d’hystérie, mais pas celle de Charcot, ni celle de Freud, exubérante d’érotisme refoulé. J’y vois une future chasse aux sorcières, opératoire, implacable. Les contaminés I-phonés, forcés à rester confinés à leur domicile. Bien sûr, je suis tout à fait conscient de la gravité de la situation et de son aspect inédit et impensable. Seule la ville chinoise de Wuhan, ventre fécond du virus, et ses onze millions d’habitants, sort juste du confinement. La liste des pays et des villes désertes s’est inscrite brusquement dans notre vision du monde. Imaginez une fourmilière dont les millions d’occupants industrieux auraient disparu en quelques heures ou une ruche dont toutes les abeilles seraient dans les alvéoles enfermées dans leur propre cire.

Mardi.

Le grand volet roulant gris est fermé depuis plusieurs jours. Lorsque je me lève, il faseye, j’entends les oiseaux chanter, cela fait 54 jours que Bordeaux est silencieuse. Ville fantôme d’une dystopie cinématographique incroyable. Les grandes avenues sont lisses, la rugosité malodorante des véhicules colorés s’est évaporée du jour au lendemain. Une chevelure, désordonnée vert tendre, a recouvert l’abandon des trottoirs. La ville est prise par un frisson de dégout, fragrances dégueulasses d’une petite mort lascive. Les bêtes parcourent, sans entrave, des rues obscures que la raison à vitrifié. Les fenêtres opaques, enserrées dans de lourds volets, masquent des scènes canoniques. Les cercueils de carton-pâte, égrènent la violence sournoise des discours obliques d’hommes politiques austères et souriants. Insensé, incroyable, les adjectifs qualifiant la situation sont innombrables.

La terre, ronde, polluée, en quelques jours a fleuri. Les océans se sont nettoyés de leurs déchets. C’est ce que l’on entend.

Je suis tout étonné que le ciel ne soit pas devenu bleu blanc rouge, les français en seraient certainement très fiers.

Les jours se succèdent sans qu’il soit possible d’envisager pour moi une perspective précise de travail.

Les quelques engagements prévus ont été annulés ou différés. J’avais un projet avec la compagnie Tiberghien à Bordeaux, je pense qu’il sera reporté mais pour l’instant je n’ai pas de nouvelle. J’étais assez content de ce projet qui aurait pu donner une nouvelle vie à la compagnie endeuillée depuis le décès de Gilbert il y a quatre ans. J’avais participé à l’aventure de « Molto Bene » en 2011 au TNT-Manufacture de chaussures, mais au dernier moment, la veille de monter sur scène, j’avais eu une crise d’appendicite foudroyante qui m’avait conduite à la Clinique du Tondu.  C’est Christian L. qui m’avait remplacé au pied levé. La pièce avait eu un franc succès dans le milieu théâtral bordelais. Je devais aussi tourner pour une série Belge, l’histoire d’un Maitre tapissier, Arnt van der Dussen alias Rinaldo Boteram. Il fut le principal acteur du commerce des tapisseries flamandes avec l’Italie du XVe siècle.  J’aimais bien l’idée d’un rôle en costume d’époque.

Pour le moment mon intermittence était acquise, j’avais fait mes 507 heures en 2019. Je pouvais donc voir venir. Mais la suspension des festivals, la fermeture des théâtres, des cinemas, est très préoccupante.

Depuis, les dimanches se succèdent sur le calendrier allongé d’une mémoire en attente. L’inachevé de l’écrit accompagne les nuits blanches que la psychanalyse n’apaise toujours pas.

Joris, va bien en ce moment, il n’a pas été inquiété depuis les derniers évènements de l’année passée. Il avait été agressé par le protecteur d’une prostituée qu’il fréquentait. Il a vécu le confinement seul, dans son appartement. Nous allions le voir toutes les semaines et une assistante de vie passait tous les mercredis.

Marjorie dort lorsque j’écris ces lignes. Elle reprend son travail au Rectorat demain lundi. Je ne sais toujours pas quand je pourrais retourner dans un théâtre, en attendant j’écris une nouvelle pièce, peut-être vous en parlerais-je une autre fois.

Fin

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la petite plage https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/01/17/la-petite-plage/ https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/01/17/la-petite-plage/#respond Mon, 17 Jan 2022 14:20:29 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=771 Nouvelle parue sur le blog Les cosaques des frontières https://lescosaquesdesfrontieres.com/ J’avais l’impression étrange d’avoir toujours connu cette promenade le long du bras de mer que délimite, au sud, le pont de la Tremblade, il enjambe la Seudre et, à l’Est, le pont qui relie le continent à l’Île d’Oléron. Ces limites dessinent une sorte de […]

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Nouvelle parue sur le blog Les cosaques des frontières

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J’avais l’impression étrange d’avoir toujours connu cette promenade le long du bras de mer que délimite, au sud, le pont de la Tremblade, il enjambe la Seudre et, à l’Est, le pont qui relie le continent à l’Île d’Oléron. Ces limites dessinent une sorte de losange qui me donne l’impression de me promener, à la pleine mer, au bord d’un lac.

Il y a bien longtemps qu’on n’y voit plus les familles bourgeoises de la Belle époque venues goûter au bon air marin et prendre des bains de mer. Elles y déambulaient, en fin d’après-midi de Juillet. Madame en chemisier rayé bleu, jupe à volants et tennis, une ombrelle blanche à la main droite, au bras de Monsieur en chemise de lin blanche et pantalon de tennis assorti, un canotier fièrement vissé sur le crâne. Les maisons colorées rivalisent désormais avec les hôtels de luxe et les immeubles destinés à la location saisonnière. Quelques maisons de pêcheur donnent un semblant d’authenticité à cette promenade aménagée le long de la petite plage de sable fin. La circulation des voitures hybrides, silencieuses, ne trouble plus la sieste dominicale de ses rares résidents permanents.

Mes petits-enfants venaient souvent pêcher la palourde et la coque dans la vase profonde, envahie par les coquilles d’huitre coupantes, au bord de la plage qui s’alanguit au bout de la jetée sud du port de pêche. J’avais toujours une pensée pour mes propres grands-parents qui avaient séjourné dans cette station balnéaire en septembre 1939. Le trois septembre ils avaient, comme beaucoup, entendu aux informations radiodiffusées, à 17 h précise, l’annonce de la déclaration de guerre du Royaume-Uni et de la France à l’Allemagne Nazie. Les troupes du Führer avaient envahie, sans déclaration de guerre préalable, la Pologne. Les chars Panzer IV et les Junkers Ju 87 de la Luftwaffe avaient vite submergé les défenses polonaise précipitant le monde dans une guerre meurtrière.

C’est bien plus tard, déjà adulte – alors que je venais, avec mes parents, mon frère et ma sœur, à l’Ile d’Oléron passer nos vacances d’été depuis mon plus jeune âge – que j’avais appris que mon père était là au soleil de septembre 1939, du haut de ses huit ans avec sa jeune sœur en train de jouer à construire des forts en sable avec un seau bleu et une pelle taillée dans du peuplier par mon grand-père. Ils étaient repartis précipitamment dans leur Lot natal, préoccupés par les drames à venir. Mon grand-père, détenteur du « fascicule bleu » des anciens du Chemin des Dames, n’a pas été appelé, il est resté à la ferme familiale.

Quelques mois plus tard, la sœur de ma grand-mère, tante de Blois, arrivait avec ses enfants – son mari, mobilisé, ne l’avait pas suivie – pour se mettre à l’abri derrière la ligne de démarcation. Le périple avait été très difficile pour cette femme, descendue de Onzin, où elle était institutrice, avec ses quatre filles, dont la plus jeune née en 38 était dans un état désespéré.

Je ne sais pas quand le pilote anglais dont je n’ai jamais su le nom, mais qui est revenu voir mes grands-parents après la guerre, a commencé à émettre ses messages codés depuis le grenier de la ferme. Ce héros étranger est resté, dans mon imagination, le témoin de la bravoure et de l’identité de résistant que mon grand-père a toujours eu pour l’enfant qui écoutait les récits guerriers de ses exploits durant la Grande Guerre. Ce lourd passé me laissait aussi des souvenirs plus difficiles, lorsque, résidant chez mes grands-parents pour mes premières années de collège, j’étais réveillé en pleine nuit par les hurlements de terreur de mon grand-père. Le lendemain, ma grand-mère disait : « Louis-Jean a encore fait un cauchemar, c’est comme ça depuis son retour du front en 18. Tu sais ils l’avaient appelé pour conduire les tracteurs qui emmenaient les canons de 75 sur la ligne de front ».

De cela mon grand-père ne m’en a jamais parlé, il était plus prompt à évoquer ces « salauds de boches » qu’il amalgamait, dans une généralisation du mal, à une nation qu’il réduisait à ce vocable.

De ces discussions très sérieuses pour l’enfant qui les écoutait, graves mêmes au sens du drame et de la tragédie qu’elles évoquaient, j’ai construit une vision du monde. Cette vision a évolué bien-sûr, mais certaines choses sont restés ancrées dans mon esprit.

Netchaïev, ne représentait rien jusqu’à ce que je le découvre dans une nouvelle : Argeles S/Mer (La plage) de Jean-Claude Tardif. Le nom de l’auteur du Catéchisme du révolutionnaire, n’avait pas atteint ma conscience, j’en ai recherché les origines, la signification et j’en ai compris quelque chose.

Pour moi Netchaïev a toujours été présent, je n’ai pas l’impression qu’il ait quitté mon esprit. J’ai toujours été confronté à différentes parties de moi-même. Un bolchevique bataillant avec un anarchiste, un bourgeois, qui les redoutais tous deux, rêvant à un ordre militaire qui sécuriserait ses avoirs. Toutes les autres facettes de l’identité qui me constitue évoluent en permanence au gré du temps qui passe. L’ambivalence de l’idéaliste que j’ai été s’est émoussée avec le temp, je n’ai aucun esprit de vengeance.

Yves Montand qui joue, dans un film de Jacques Deray, Netchaïev est de retour, le rôle de Pierre Marroux qui a pour nom de code Netchaïev, me laisse froid, autant lorsqu’il gesticule au petit écran que lorsqu’il se déhanche sur scène. Non que je ne partage pas certains de ces combats, mais je me suis toujours senti ambivalent quant à ces personnalités très médiatiques qui luttent pour « défendre les opprimés ».

Les théories révolutionnaires de Chigaliev (alias l’instituteur de Ivanovo, Netchaïev) prônent la délation et le machiavélisme comme morale, l’excès d’un idéalisme destructeur pour qui l’acculturation pourrait être l’outil final de l’accession à l’égalité. Tous égaux, tous esclaves, tous simples d’esprit !

Chacun se débat plus ou moins facilement avec le grand jeu des instances, dieu et toutes les formes d’idéalisme sont, pour certains psychanalystes, la forme caricaturale d’un surmoi archaïque, tout puissant, omniscient, qui s’exporte facilement dans le flux des idées et franchit les frontières terrestres sans droit de douane.

Lors de ces ruminations tourmentées, la plage s’efface de mon souvenir, parfois j’en crois percevoir une réminiscence au détour d’un virage, sur les routes de bord de mer que je fréquente toujours. La lourde silhouette de mon grand-père surgit alors de ces limbes vaporeuses qui flottent au-dessus des marais au petit matin d’Aout.

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