Archives des Lectures - Jean-Claude Bourdet https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/category/lectures/ Site d'humeur, de goût, de plaisir d'écrire de lire et de partager Sat, 23 Apr 2022 16:44:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0 https://jean-claude-bourdet.fr/wp-content/uploads/2022/01/cropped-icon-32x32.png Archives des Lectures - Jean-Claude Bourdet https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/category/lectures/ 32 32 Lectures vagabondes https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/03/25/lectures-vagabondes/ Fri, 25 Mar 2022 14:21:23 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=1384 Une lecture vagabonde de Graminées Nouvelles étrangères Revue Littéraire Numéro 3 ; PROMESSE(S) Décembre 2021 Une simplicité sophistiquée revêt l’élégance du format de cette jeune revue qui en est à son troisième numéro après Couple (s) et Evasion (s) les numéros 1 et 2.  Il s’agit de réunir sous la bannière de l’association du même nom, […]

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Une lecture vagabonde de Graminées Nouvelles étrangères

Revue Littéraire Numéro 3 ; PROMESSE(S) Décembre 2021

Une simplicité sophistiquée revêt l’élégance du format de cette jeune revue qui en est à son troisième numéro après Couple (s) et Evasion (s) les numéros 1 et 2.  Il s’agit de réunir sous la bannière de l’association du même nom, de brèves nouvelles étrangères venues de cinq continents, écrites par dix écrivais, traduites par six traducteurs avec le concours de cinq illustrateurs.

L’objet livre attire le regard autant que la main qui caresse la couverture soyeuse avant de l’effeuiller délicatement. Le choix de la couleur dominante, le bleu pour ce numéro, procure immédiatement une sensation de bien-être et d’apaisement. L’esprit curieux par nature, singe agile et présomptueux, après une série de respirations se calme et laisse entrer les formes, les contrastes, il palpe mentalement le contenant comme le ferait un gastéropode prudent avant de s’aventurer dans la multiplicité des caractères que la syntaxe aligne en mots, en phrases en chapitres.

Le lecteur comprendra que les éditrices, jardinières attentives, Eve Vila et Nathalie Tournillon, et leur complice la graphiste Mathilde Dubois, se sont engagée dans une passionnante aventure qui nous entraine aux quatre coins du monde.

La première étape du voyage nous fait découvrir une Asie dont le tableau de Sylvie Bello tente d’adoucir la modernité tentaculaire.

Les rites ancestraux sont malmenés, réduits, asservis, l’auteur de la première nouvelle, traduite par Coraline Jortay, Ho Sok Fong, résiste à cette colonisation en inventant un personnage subversif qui se retrouve coincé derrière un mur de béton. Le mur est le symbole universel de l’oppression – politique, physique ou mécanique – d’une société en plein bouleversement anthropocénique. La solution géniale de l’auteur est une métamorphose du personnage en héroïne qui disparait progressivement de la scène et se retrouve, dans le récit de papier, se faufilant, invisible entre les poubelles de l’histoire.

La deuxième nouvelle, Ma fille et la cigarette, de Murat Ozyasar, traduite par Sylvain Cavaillès est un pur enchantement. J’ai été ému, et ému et j’ai envié cet auteur pour telle expression, telle tournure de phrase. Quel plaisir de sentit l’instant saisit au tournant d’une traduction au cordeau comme on dit dans le bâtiment d’une mesure très précise. Les répétitions confèrent à l’écrit le rythme de l’enfance, lorsqu’elle cherche à affirmer une vérité toute crue, jusque chez le futur père qui répète, se souvenant du jour de la naissance de sa fille : Jusqu’à maintenant. Jusqu’à maintenant. Pourtant, maintenant, ce n’était pas le monde, ni l’eau, mais moi-même qui étais troublé.

Et plus tard dans la lecture : papa, ne me réponds pas de question ! et encore : papa, replaisis-toi !

Et je ne me lasserais pas de lire-re-lire ces mots, que j’aimerais entendre de la voix qui les écrit dans toutes les langues qui bleuissent les âmes en-en vrai.

Merci Murat Ozyasar !

Ma lecture se poursuit et s’écrira demain ou après-demain.

Dimanche, 20 mars 2021

Premier jour d’un printemps gris, l’Europe saigne à Marioupol.

Allons du côté d’une Océanie que le pastel d’Inbar Heller Algazi dessine. L’écoute du souffle des vents marins et du glissement des lourds nuages bleus nous avertissent que nous entrons dans une zone de turbulences.

Attention, nouvelle de Catherine Childgey, traduite par Eve Villa nous précipite dans les souvenirs d’enfance du narrateur. Nous le suivons dans le territoire aride, dangereux, sec et brûlant du bush : il faisait un soleil de fournaise… Les paysages, les odeurs, les vies s’égrènent dans une syntaxe parfaite. Nous nous trouvons précipités dans une suite d’illusions et de désillusions qui deviennent les fils d’ariane du récit que le lecteur découvrira la matérialité narrative. Le tour de force de l’auteur est de nous entrainer, sur le fond d’une contrée inconnue, dans l’universalité des relations humaines, parentales, amicales, professionnelles. Ici où là-bas, et on devrait pourtant le savoir, les mères ont un amour abusif et narcissique pour leur rejeton, les amie(s) sont jalou(x)ses, l’image dévore la pensée, le soleil manque de modestie.

Je pensais qu’avec Nicolas Kurkovitch entrant dans Le séjour paisible j’allais dériver, suivre les alizés de rêveries maritimes, mais l’auteur en une phrase suscite le respect et l’attention la plus soutenue possible, comme si la surface calme de la mer pouvait à tout instant nous précipiter dans les courants et des tourbillons émotionnels et sensoriels irrépressibles vers les abysses les plus insondables.

On n’entre pas de façon nonchalante sur un territoire qui n’est pas le sien.

Cet avertissement opéra comme une sorte d’autorisation de survoler, presque sans y poser l’œil le récit trop puissant de Nicolas Kurkovitch

Alors

ne pas plonger dans les eaux noires du fleuve nocturne

rester en surface attendre

l’œil s’habitue l’ombre s’apaise

alors alors seulement s’assoir

entrer dans le courant des mots

Ensuite peut-être

entrer dans le champ

fouler le vert frais de l’herbe

laisser la trace d’un pied nu

pour enfin seulement oser

poser un œil sur les lignes du destin

Suivre Tarou jusque dans sa maison s’assoir prés du foyer, le temps d’une histoire, sous le haut toit de feuilles tressées, et, avec lui, ressentir la présence du monde au fond de l’étroite vallée.

Nous étions là, nous vivions là, un poème pour changer notre présence au monde.

C’est ce qui nous restera quand toutes les vallées du monde seront soumises à un « vaste projet de constructions sociales. »

la nuit qu’est ce         rien

ou trop d’espace ou encore

trop de temps                rien

Lundi 28 mars.

Il m’aura fallu plusieurs jours pour oser m’aventurer dans la forêt bleue que la peinture acrylique de Béatrice Bandiera propose comme porte d’entrée du continent européen. Le premier pas est rude en ces temps troublés par la guerre d’annihilation, comme la qualifie André Markowicz, que Vladimir Poutine mène en Ukraine.  Rude et glaciale. La langue d’Annika Norlin, traduite par Isabelle Chéreau, est tranchante. Cette langue m’a faite tomber dans une ruralité brutale que le solitaire affronte avec un tord-boyau mortel. Je dois avouer que j’ai – après un détour par la consultation d’une liste d’auteurs suédois qui m’étaient plus familiers, Ingmar Bergman, Henning Mankell mais aussi Astrid Lindgren créatrice de Fifi Brindacier, Nelly Sachs fidèle amie de Paul Celan – enfin, pu déchiffrer l’âme de la nouvelle. Une familiarité s’installe avec les personnages – pêcheurs, petits entrepreneurs, certains très portés sur la boisson, souvent seuls et désœuvrés – qui entrent en résonnance avec des figures de mon enfance rurale. Lundi 28 mars.

Le sujet de la nouvelle est la solitude, réelle, imaginaire elle crée ses propres remèdes.

J’ai l’impression d’avoir connu Olof « qui n’avait jamais quitté son village et qui voyageait sans avoir besoin d’un passeport ». Flanqué d’une bouteille de gnole, j’ai cru reconnaitre cet homme mort le « sourire aux lèvres ». La pute balte, titre du récit, soulage brièvement la solitude du père Fogdo, avant de repartir vers son destin.

Il en est ainsi des rêves, nécessaires, résolutifs, mais passagers clandestins.

Lundi 4 avril.

Les poissons ne ferment pas les yeux / Il pesci non chiudono gli occhi,

Tenter l’expérience qu’Erri de Luca partage avec nous dans ce petit livre, lu il y a quelques années dans une traduction de Danièle Valin.

Comment dire : peut-être que la voix de Cyril Laumonier, qui a lu le début de la nouvelle de Marco Ursano, Le plongeur, deuxième incursion sur le continent Europe, dans une cave de l’ile saint louis un soir de Mars 2022 est restée gravée dans ma mémoire.

Peut-être ai-je été comme les vieux pêcheurs de Forte dei Marmi, étonné et perplexe par cette façon inattendue de nous entrainer dans une mystérieuse mythologie locale. Au fond, les défis sportifs que le personnage affronte sont la sources d’autres défis que la modernité impose à son tour. Une sorte d’emballement du récit se justifie par le maillages d’alliances entre les protagonistes, alliances opportunistes pour certains, véritable dévotion pour d’autres. La nature humaine sauvage, profondément narrative de l’histoire nous plonge dans les abysses d’un univers familier avec les dieux. L’amour, destin inévitable du héros l’entraine dans un hésitation salutaire, déni adolescent d’un état que les solstices préfigurent en vain. L’envolée des élancés plongeurs, évanescence d’une âme sacrée, fonctionne comme une poésie mythologique, sensuelle et altière. Les mots s’absentent comme le héros de la nouvelle, peut-être seront-t-ils de nouveau au rendez-vous en octobre.

Mercredi 6 avril.

I seek to cure what’s deep inside, frightened of this thing that I’ve become ; Africa, TOTO IV

Elle était notre sœur et notre amie, mais depuis l’époque où on était des totos, Meri n’était pas comme nous.

Meri aurait-elle pu penser, comme Davis F Paich ou Jeffrey T Porcaro l’écrivent :

j’ai peur de cette chose que je suis devenue ? Je ne crois pas.

Makena Onjerika, et Eve Vila qui traduit Fanta cassis nous précipitent sans ménagement dans une langue qui n’est pas seulement étrangère, c’est une mécanique implacable, un processus que Freud a très bien traduit dans un petit essai intitulé L’inquiétante étrangeté. Le procédé est redoutable : anonymat d’une narratrice objective, détails anecdotiques, focus sur un fait divers dont le titre serait resté entr’aperçu dans un fil d’actualité chargé : disparition d’une travailleuse du sexe dans les bas-fonds de Nairobi.

Mais ce que Freud a magistralement démontré c’est que ce qui suscite l’angoisse n’est pas l’étranger mais au contraire l’intime refoulé. C’est là le tour de force de l’auteure. Sous couvert d’un exotisme équatorial, Makena Onjerika mobilise subtilement nos peurs en nous présentant la force brutale d’une existence misérable. L’effacement de toute compassion n’a comme source que la nécessité de la survie. Makena Onjerika reprend le récit là où, dans le froid glacial de l’Europe de l’Est, Julio Cortazar termine une autre nouvelle : La lointaine. Sur un pont glacial battu par un terrible vent d’Est, le narrateur en croisant une mendiante, constate, avec toute l’horreur dont l’auteur sait charger ses personnages, qu’il a changé de corps et se trouve désormais à regarder de ses yeux secs s’éloigner l’élégante silhouette de la personne qu’il était l’instant d’avant. J’ai sur ma loggia une plante qui repousse chaque printemps, je ne saurais en dire l’espèce mais elle a cette étonnante capacité de survie qu’acquièrent certains êtres dont les histoires égrènent nos mémoires hantées par la culpabilité des nantis.

Le continent Africain nous offre habituellement une possibilité de rédemption que le récit ne propose même pas. Les bons samaritains ne suffisent pas à sauver l’âme simple de Meri destinée à une errance éternelle.

L’horreur, appelle le silence,

alors, s’allonger sous un escalier défoncé, alors

se recroqueviller,

attendre que la douleur s’estompe,

siroter un Fanta cassis

redevenir un toto et chantonner en Ingrish :

 Meri hada ritro ramp, ritro ramp, ritro ramp

Vendredi 8 avril.

Le tableau :Rotring,de Julien Martinière, ouvre le continent Afrique dont je viens d’explorer la première nouvelle Fanta Cassis. Il représente au premier plan une femme endormie symbole de la terre mère. L’illustrateur installe en entre deux, avec en arrière-plan des forêts dévastées par l’exploitation industrielle, un no man’s land dans lequel les enfants travaillent une terre chaotique d’où certains extraient des gros diamants.

La scénographie politique du stéréotype d’une Afrique soumise à ses exploitants ne se retrouve pas dans la deuxième nouvelle : La fille sur l’affiche de la cabine d’essayage, de Jackee Budesta Batanda traduite de l’anglais (Ouganda) par Eve Villa.

Le texte est construit sur une dramaturgie introductive : une amie perdue de vue depuis plusieurs années envoie un mail de détresse. La destinatrice du message, qui est la narratrice, se remémore sa dernière rencontre avec son amie à Johannesburg. Rencontre qui devait sceller la rupture de l’amitié estudiantine dans une sorte de happening dont la photo dans la cabine d’essayage devenait le symbole.

Entre enthousiasme collégien et badinage superficiel, les protagonistes dessinent progressivement une histoire humaine universelle. L’arrivée d’un tiers masculin dans la relation entre deux filles est souvent catastrophique pour l’une d’elle. La suite coule de source, l’image mentale construite par Nalyaaka d’une Trudy attentionnée, fidèle, ne colle plus avec « la fille sur la photo ». Quant au gars, il ne plait pas à l’amie Ougandaise qui ne le cache pas à Trudy. Mais l’aveuglement, la solitude et l’amour sont bien plus puissants qu’un lien d’amitié effiloché par l’éloignement et le temps. Trudy rejette Nalyaaka qui revient dans sa vie personnelle, son travail, ses engagements humanitaires et perd de vue la blondeur du mannequin, seule blanche dans le tableau, qui vantait la qualité de la vie à Jozi.

Il en est ainsi de l’amitié, construite dans la ferveur de l’adolescence elle ne survit pas toujours aux méandres de la déraison.

Cependant, et c’est là la question, va-t-elle renaitre de ses cendres ? Le récit laisse le lecteur en décider.

Une page plus loin, un océan franchit nous nous retrouvons face à un décor religieux-kitsch qui pourrait orner l’autel d’une de ces nouvelles religions dont le nouveau monde qui peuple l’Amérique est friand. Claire Gaudriot a su tirer de ses crayons le collage symbolique d’un continent violent empreint de dieux terribles, tout puissants, humains, naturels ou surnaturels.

Ensuite-ensuite : dans la « plainte grinçante et morne d’un perpétuel guitarrón » les versets du « lévitique.moïse.tapia.houiqui » de Miguel Tapia, traduits par Gersende Camenen,égrènent leur glaçantes commandes d’un pacte de sang. Le Mexique en serait le théâtre, avec le Seigneur des seigneurs dans le rôle-titre, et Moïse et Aaron comme chefs de factions en quête de protecteur. Le moyen âge au présent d’un mode narratif biblique qui sacralise le lien avec un monde ancien. Un de ces mondes qui peuplent nos imaginaires infantiles avec des méchants-méchants très- très méchants qui font très-très peur et sans signe aucun-aucun d’un quelconque justicier blanc, ou rouge, ou jaune, ou noir qui viendrait réparer la « fixité de cette très haute et torride lumière ».

Je ne saurais certainement pas si La dernière femme sur terre, de Carleigh Baker, traduite par Eve Vila, dont le thème est la fin de quelque chose et l’attente d’autre chose, d’un nouveau récit, promesse certainement d’un prochain numéro de Graminées.

L’auteure nous entraine dans une aventure immobile comme seuls les reclus volontaires savent en produire. Les sens sont en alerte mais l’esprit émoussés par l’apathie du personnage clinophile, addict à un jeu vidéo post apocalyptique. Elle parait aussi perdue que la dernière femme qu’elle semble devenir par moment. Elle se sent épiée comme elle-même qui épie et suit pas à pas les élans survivalistes du personnage de son jeu vidéo tout en conversant avec un ancien ami à l’autre bout de la planète.

En guise de conclusion.

Toutes les nouvelles sont liées par une promesse, tous les personnages attendent quelque chose, un ami, une reconnaissance, un enfant, une protection, un avenir meilleur. Tous se retrouvent coincés dans cet entre-deux que Chronos dévore sans état d’âme, terreur sans nom et pourtant n’attendant rien.

Alors, alors Gaïa se rebelle et tient ses promesses.

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Une lecture de Je ressemble à une cérémonie de Julia Lepère ; Ed. le corridor bleu, collection SING https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/02/01/une-lecture-de-je-ressemble-a-une-ceremonie-de-julia-lepere-ed-le-corridor-bleu-collection-sing/ Tue, 01 Feb 2022 19:57:51 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=1327   Librement inspiré de :                                                                   Je ressemble à une cérémonie De Julia Lepère Collection S !NG, Le Corridor Bleu.  La poste a, il y a deux jours déposé mon premier numéro de Catastrophe en compagnie d’un livre blanc au titre écrit en parme. Hier soir, après une journée de travail à écouter les affres des « écorchés de […]

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  Librement inspiré de :                                                                  

Je ressemble à une cérémonie

De Julia Lepère

Collection S !NG, Le Corridor Bleu.

 La poste a, il y a deux jours déposé mon premier numéro de Catastrophe en compagnie d’un livre blanc au titre écrit en parme. Hier soir, après une journée de travail à écouter les affres des « écorchés de la vie » je suis tombé en lecture. Julia Lepère a jeter le sable les feuilles les yeux, il pleut. Les trois parties se livrent en un seul temps – paradoxe subtil – avec filet soyeux, maillage souple sans haleine le souffle retenu – lâche. L’ombre des passants à La lisière m’a prise délicatement par la main, pas à mot, mot à pas, pas un mot plus haut que l’autre mélodie lancinante thrène lumineux.  Sans me demander de fermer les yeux j’ai suivi ses mots à mi-chemin de la solitude, de la nostalgie, de la tristesse_du désespoir_du_vertige_de l’amour de Baschung _ Les amours mortes de Saez_Les feuilles mortes de Prevert_La capitale de la douleur de Eluard… Sans jamais tomber dans le pathos, dans la plainte. Dentelles de Montmirail et de Bruxelles déposées au pied du lecteur sans fard par des doigts d’orfèvre. Respirer quelque chose qui fut toi. Le tictac du temps passé file d’autant qu’il faudra Attacher ton ombre comme une ronce. Mélusine conte un autre chant de l’eau, souple, à l’aube des cornouillers. Le récit se mue, à un moment, en Aigle noir, s’abîme dans l’océan des mots, secoué par un vague à l’âme qui s’épuise sur le sable blanc du poème.

Carthage ultime lieu

a rebours du poème

pêché sur la grève d’une banlieue

sous les larmes bohèmes

Entre les lignes les roches s’épuisent

sur une longue page vierge

les vagues sur la berge devisent

avec le vent les soupirs et les cierges

Des phares jaunes dessinent

dans le brouillard de la nuit

une lente épaisseur d’ennui

La peau laiteuse domine

les lèvres pincées de l’envie

te rejoindre là où je te vis

JC Bourdet

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Ombres géométriques frôlées par le vent https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2022/02/01/ombres-geometriques-frolees-par-le-vent/ Tue, 01 Feb 2022 07:28:23 +0000 https://jean-claude-bourdet.fr/?p=1321 Ombres géométriques frôlées par le vent De Marie-Claude San Juan poèmes de Roland Chopard Editions unicité, Collection Regards écrits, 2020 Texte paru dans le numéro 43 de la revue A L’INDEX Le titre bleu ressort sur le noir de la page de garde lisse, il chapeaute une photo sépia aux formes géométriques fragiles, tremblotantes bien […]

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Ombres géométriques frôlées par le vent

De Marie-Claude San Juan

poèmes de Roland Chopard

Editions unicité, Collection Regards écrits, 2020

Texte paru dans le numéro 43 de la revue A L’INDEX

Le titre bleu ressort sur le noir de la page de garde lisse, il chapeaute une photo sépia aux formes géométriques fragiles, tremblotantes bien qu’elles soient à l’évidence la projection d’une grille aux pointes acérées. Le regard du photographe délimite une enceinte, un espace que j’imagine public, un jardin ou une mairie. Inutile de chercher ce n’est à l’évidence pas le sujet de la photo.

Ombres géométriques frôlées par le vent invite à une promenade, à flâner, aller à la rencontre de cette rêverie aux allures hypnagogiques. L’ombre, les ombres fixées par l’objectif précis de Marie-Claude San Juan racontent une histoire étrange. Il est difficile de résister au mystère qui les enveloppe. Saisies à l’inclinaison solaire d’une heure où le promeneur solitaire s’abstient habituellement de sortir, les nombreuses grilles laissent filer des formes d’abandons. Jouissance qui vient contrecarrer le dessein fatal du cliché. Le papier glacé promet une nonchalance qu’un œil avisé sait ponctuée de répliques tragiques. Le silence étouffant de l’air arrête un instant le cours de la pensée. Dans un mouvement de glotte on découvre un bestiaire géométrique qui se fond dans les grilles de fer forgé. On suit la rumeur libre d’une brise du sud qui murmure à mon oreille des chants d’orient.  L’ascèse des mots de Roland Chopard égrène tout au long des pages un parfum d’agrumes. Ainsi la forme complète du livre – image, mots – ouvre les portes de l’imaginaire. Comme les nuages qui se réfléchissent dans l’eau noire d’un lac de montagne, les pensées, les sensations, les émotions entrent avant midi, s’installent à l’ombre d’une treille, d’un olivier, s’esquivent à la dérobée sans autre trace qu’un léger frisson de fraicheur. Se poser, ressentir, se laisser pénétrer par la majesté d’une après-midi, observer l’arabesque qu’une goutte de sueur dessine sur le col blanc de sa chemise. Laisser le vent d’Otan souffler à son oreille le souvenir de Phaco qui préparait, à l’ombre d’un Baobab, une tasse de thé brûlante. L’économie du silence impose son rythme sans clore l’asymptote qui en dessine les contours, les pas légers des rongeurs cherchent la protection fragile d’un cadran solaire. Une sieste s’impose : de l’épaisseur ondulante de l’air brûlant tremblote les contours flous d’une alanguie. Sur une chaise longue en bois, épure au motif « années cinquante », une silhouette connue coiffée d’une choucroute laquée à l’Elnett exhale son Heure bleue.

Plus tard, au cri des martinets, sous un platane, on apprécie la poésie de l’absinthe à la terrasse d’un café et Verlaine qui nous invite à méditer sur le couchant : Et d’étranges rêves, comme des soleils couchants, sur les grèves, fantômes vermeils, défilent sans trêves, défilent, pareils a de grands soleils couchants sur les grèves

JC Bourdet

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Une lecture du livre de Francis Wolf : Notre humanité, d’Aristote aux neurosciences. hdp, Fayard, 2010. https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2021/11/25/une-lecture-du-livre-de-francis-wolf-notre-humanite-daristote-aux-neurosciences-hdp-fayard-2010/ https://jean-claude-bourdet.fr/index.php/2021/11/25/une-lecture-du-livre-de-francis-wolf-notre-humanite-daristote-aux-neurosciences-hdp-fayard-2010/#respond Thu, 25 Nov 2021 04:28:45 +0000 https://myjeedhome.ovh/?p=94 Le langage humain a ceci d’unique, que son pouvoir est sans limites… Ce qui va être dit n’a jamais été dit. Même lorsque les mots semblent manquer, nous finissons un jour par trouver qu’une tournure était possible pour dire cette tonalité singulière de conscience phénoménale que nous croyions indicible. F.Wolff Mais le plus grand défi […]

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Le langage humain a ceci d’unique, que son pouvoir est sans limites… Ce qui va être dit n’a jamais été dit. Même lorsque les mots semblent manquer, nous finissons un jour par trouver qu’une tournure était possible pour dire cette tonalité singulière de conscience phénoménale que nous croyions indicible. F.Wolff

Mais le plus grand défi épistémologique du discours et de la réflexion éthique, outre les défis connus et traités dans le débat classique au sein des comités éthiques ( clonage, …), n’est t il pas celui annoncé par M. Foucault dans Les mots et les choses (cité par F. Wolff 1) : « L’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine. » (p124)

C’est en tout cas la thèse que va développer, tout en la critiquant, F. Wolff en donnant quatre grands étapes du développement de la figure de l’homme.

L’homme antique, l’ « animal rationnel » (Aristote) ; l’homme classique, la «substance pensante étroitement unie à un corps » (Descartes) ; l’homme structural,le « sujet assujetti » ; l’homme neuronal, l’ « animal comme les autres ».

F.W2 oppose et fait jouer entre eux les deux paradigmes : cognitivisme et structuralisme.

Ce qui est nouveau, nous dit-il, c’est que « la proposition « L’homme est un vivant comme les autres », se constitue progressivement en «définition » de l’homme. »

Cette proposition, qui ne donne pas de contour à l’homme, qui n’est plus « animal de raison », ni « substance pensante étroitement unie à un corps », est restée longtemps sans impact hors les territoires des biologistes et des paléontologistes.

F.W nous dit que c’est la « révolution cognitiviste » qui a sans doute « permis de promouvoir ce principe constitutif des sciences de la vie en nouvelle figure de l’homme ».

Le postulat méthodologique des sciences cognitives : « considére la « cognition » ( le processus de la connaissance : perception, mémoire, apprentissage, imagination, langage, planification de l’action…) et plus généralement l’esprit, c’est à dire les phénomènes « mentaux » (pensée, conscience, émotions,…) comme des phénomènes naturels. »

Le structuralisme s’est développé à partir des découvertes de Troubetzkoy des « traits pertinents », à l’origine de la phonologie. Théorie selon laquelle le système phonétique de chaque langue peut être décrit à l’aide de quelques dizaines de phonèmes, eux-mêmes définissables par une série de traits discrets et opposables entre eux, par opposition à la continuité du phénomène sonore naturel.

Penser, c’est parler, et parler, c’est d’abord articuler des phonèmes.

Cette théorie est devenue la référence pour toute la linguistique, puis, de proche en proche pour toutes les sciences humaines, sauf les sciences économiques.

De cette « réussite exemplaire », les structuralistes se sont érigés en science de l’homme, selon le postulat méthodologique que : « les phénomènes humains obéissent à des structures de dépendances internes inconscientes et indépendantes des individus… »

Les sciences cognitives se sont fondées sur la thèse « dite de Church-Turing, un des fondements théoriques de l’ordinateur », théorie de la « calculabilité », appliquée au fonctionnement de l’esprit.

Toute « pensée traitant des informations (ou manipulant des représentations) peut être décrite comme un calcul qui, à son tour, peut être considéré comme une suite d’opérations logiques effectuées sur des symboles abstraits. »

C’est la rencontre des théories « computationnelles » et des neuro-sciences, qui cartographient le cerveau, qui a favorisé l’expansion et la généralisation du nouveau paradigme. La théorie a servi de modèle à la description de toutes les opérations mentales (psychologie cognitive) et de proche en proche à toutes les sciences de l’homme, sauf à la psychanalyse.

Les sciences cognitives ont pour ambition « d’étudier la subjectivité de l’esprit sans renoncer à l’objectivité de la science. »

La résistance de la psychanalyse à se laisser pénétrer par le paradigme cognitif est du au fait que deux figures de l’homme, de la pensée humaine, se confrontent de manière irréductible.

« L’appareil psychique tel que le conçoit la psychanalyse est incompatible avec la théorie de l’esprit. L’un est déterminé par des désirs, l’autre constitué par des informations. L’ « appareil psychique » de la psychanalyse est sous-tendu par des représentants inconscient des pulsions, l’ « esprit » est constitué par des états mentaux représentant « intentionnellement » des états du monde. Le sujet de la psychanalyse est divisé, toujours en conflit avec lui-même et, de l’autre côté on a un

esprit-cerveau qui est Un et le même dans toutes les opérations. D’un côté l’instance déterminante est insignifiante et irrationnelle, c’est l’inconscient ; d’un autre côté l’instance déterminante est naturelle ou rationnelle.

La révolution qui s’opère sous l’égide du paradigme cognitiviste est l’apparition d’une nouvelle définition de l’homme.

Un homme sans « essence » et sans même de « propre ».

« Pour la première fois, des sciences étudient l’homme lui-même en postulant qu’aucune de ses propriétés ne le distingue fondamentalement d’autres êtres naturels ou même de certains êtres artificiels. » (F.Wolff, P. 132)

Il ne s’agit nullement d’un retour à un naturalisme de type aristotélicien qui distinguait l’homme par son essence animale ; le naturalisme contemporain est anti-essientialiste.

La notion d’espèce humaine est remplacée par la notion de « population » caractérisée par un génome collectif, : « somme de génotypes individuels, en évolution permanente à chaque génération. » (P.134)

La distinction, de l’homme se définissant en référence à ses ancêtres et aux autres animaux, s’efface, comme la « troisième frontière…celle qui sépare l’homme de luimême, plus exactement l’homme individuel de l’homme social. »(p137)

F.W observe le franchissement d’une autre, la quatrième, frontière : « c’est parce que l’homme n’est qu’ UN être naturel qu’il peut être pensé comme un être artificiel. »

Ainsi Hilary Putnam, citée par F.Wolf, dit « l’esprit humain pris globalement (est) une machine de Turing et, d’autre part, que les états psychologiques d’un être humain (sont) identiques à des états d’une machine de Turing. » (p142)

Actuellement, c’est le modèle « connexionniste » qui prévaut.

Selon ce modèle « les phénomènes mentaux peuvent être décrits à l’aide de réseaux d’unités simples interconnectés, à la manière dont, les neurosciences, le cerveau lui-même fonctionne physiquement. » (p142)

Une autre caractéristique de l’humain semble se défaire, l’homme dans ses nouveaux habits perd ce qui faisait le « propre de l’homme » : la culture. Ainsi, nous dit F.W, « l’homme semble avoir perdu jusqu’au monopole de la culture. C’est ce que prétendent montrer les travaux de primatologues et d’éthologues. » ( B. Cyrulnik, Yves Coppens et Pascal Picq, Dominique Lestel, Vinciane Despret, Jean-Marie Schaeffer, …p 146)

Quoique son nom de « machine » puisse conduire à croire le contraire, une machine de Turing est un concept abstrait, c’est-à-dire un objet mathématique. Une machine de Turing comporte les éléments suivants : un ruban divisé en cases consécutives. Chaque case contient un symbole parmi un alphabet fini. L’alphabet contient un symbole spécial « blanc », et un ou plusieurs autres symboles. Le ruban est supposé être de longueur infinie vers la gauche ou vers la droite, en d’autres termes la machine doit toujours avoir assez de longueur de ruban pour son exécution. On considère que les cases non encore écrites du ruban contiennent le symbole « blanc » ; une tête de lecture/écriture qui peut lire et écrire les symboles sur le ruban, et se déplacer vers la gauche ou vers la droite du ruban ; un registre d’état qui mémorise l’état courant de la machine de Turing. Le nombre d’états possibles est toujours fini, et il existe un état spécial appelé « état de départ » qui est l’état initial de la machine avant son exécution ; une table d’actions qui indique à la machine quel symbole écrire, comment déplacer la tête de lecture (‘G’ pour une case vers la gauche, ‘D’ pour une case vers la droite), et quel est le nouvel état, en fonction du symbole lu sur le ruban et de l’état courant de la machine. Si aucune action n’existe pour une combinaison donnée d’un symbole lu et d’un état courant, la machine s’arrête. (Wikipédia)

Cette révolution épistémologique et paradigmatique arriverait ainsi à substituer au déterminisme classique porté par le structuralisme et les sciences humaines : des structures, de l’histoire, de l’inconscient et du social ; un nouveau déterminisme qui serait : celui des gènes, de l’hérédité, du cerveau et de la nature.

Autrement dit : « Le cerveau et la nature joueraient alors, dans le nouveau paradigme, un rôle analogue à celui de l’inconscient et de la culture dans les sciences humaines. » (p148)

F. Wolff montre ensuite les limites de ce changement de paradigme à laquelle il oppose trois arguments importants.

La nature et ses effets ne jouent pas le même rôle que l’inconscient dans la construction de l’objet de chaque paradigme, cognitiviste et structural. Dans la perspective structuraliste, la conscience « devait à la fois se croire sujet et s’ignorer assujettie « pour que cela fonctionne ». Dans le paradigme cognitiviste, il n’y a plus conflit entre des instances, la conscience est simplement dans l’ignorance de ses racines cérébrales. L’esprit ( la pensée, les fonctions mentales) et le cerveau ( physique, corporel, biologique) sont « une seule et même chose sous deux faces :l’esprit/cerveau. » (p149)

D’autre part un nouveau paradoxe se dessine lorsqu’on considère que l’objet d’étude des programmes de naturalisation et donc du cognitivisme est ce qui est le plus humain des propriétés de l’homme : l’esprit. Dans cette configuration, la dualité irréductible entre le physique et le mental est déniée.

Ce qui amène F.Wolf à considérer le naturalisme scientifique comme une méthode et non comme une objectivation de l’objet de son étude. « L’homme est un animal singulier qui s’explique comme les autres. » (p.150)

Enfin F.Wolff s’interroge sur l’approche de certains structuralistes comme Philippe Descola qui aboutit, lui aussi, à une abolition de la distinction nature/culture. Avec cependant la nuance que dans l’anthropologie critique, le naturalisme est plus « d’objet que de méthode : l’homme est un animal comme les autres ( que rien, scientifiquement, ne permet de distinguer des autres), mais qui s’explique par luimême…» ( p155)

Francis Wolff conclue ce chapitre sur un mode pessimiste en considérant que cet avènement de la toute puissance du discours des sciences naturelles, est une autre étape du désenchantement du monde.

Après que Dieu se soit progressivement absenté comme repère ; après que l’animal ne soit plus une borne dans la définition de l’homme, l’homme et l’animal ne devenant qu’Un ; l’homme lui-même disparait des sciences et même des « sciences de l’homme » ; il n’est plus nécessaire pour l’étudier dans ce qu’il est lui-même : esprit, pensée, langage, cognition, ontologie de toute culture… puisque son étude peut s’effectuer à partir de modélisations. Cette exaltation d’un discours voulant expliquer l’homme comme un animal parmi d’autres fait penser à un fantasme : « on rêve en fait d’une science de la nature qui serait sur elle comme le regard de Dieu qui s’en est absenté. » (p.157)

Une fois posée cette figure moderne de l’homme « animal comme les autres » F.Wolf va en montrer les conséquences dans le débat éthique qui s’est inscrit durablement dans notre société.

Avec en particulier, en ce qui concerne notre domaine d’étude, les recommandations des instances européennes et nationales concernant l’origine de l’autisme qu’il faut désormais considérer comme un trouble neurodéveloppemental.

La Figure de l’homme « animal comme les autres » reste cependant une « hypothèse méthodologique fructueuse ». Il serait hâtif de considérer cette définition comme réelle. « … ce n’est pas parce qu’il est scientifiquement fécond de se donner un cadre naturaliste et de tenter le cerveau, la pensée, l’intelligence ou l’évolution de l’homme pour ceux d’un animal que la thèse : « l’homme est (réellement) un animal comme les autres », est démontrée – ou même seulement qu’elle est « vraie ». (p 295)

La réflexion éthique de ce livre porte fondamentalement sur la question « qu’est-ce que l’humanité », qu’est-ce que : « être humain » ?

F.Wolff distingue trois types « d’organismes ».

Ceux qui sont sans « esprit », sans conscience psychologique. La plupart des machines, quelques plantes ou les « animaux cartésiens ».

Les « organismes » ayant une conscience psychologique, capables d’être en éveil, de percevoir des modifications de leur environnement, de connaitre leur propre état interne mais « sans que cela ne leur fasse rien ». ( un grand nombre d’animaux dits « inférieurs », une mouche par exemple ; une machine de Turing).

Enfin, les « organismes » disposant d’une conscience psychologique « fonctionnelle » et disposant d’une « conscience phénoménale ».

Ceux à qui « cela fait quelque chose de percevoir, de se remémorer, d’avoir mal… : les êtres humains, évidemment un grand nombre d’animaux « supérieurs », sans doute. »(p.351)

Un des troubles ressentit à l’étude des phénomènes dits cognitifs tels qu’ils sont enseignés est leur aspect réducteur.

Il est commode, c’est certain, de savoir distinguer des états mentaux et de savoir que les phénomènes de « résonance émotionnelle » proviennent du sillon temporal supérieur et de la jonction temporo-pariétale (STS-TPJ) ou du cortex cingulaire postérieur et antérieur ou du cortex orbitofrontal latéral et médial et de l’amygdale.

Cela à une indéniable valeur en termes de connaissance du fonctionnement neuro-cognitif et cela représente une avancée dans la connaissance de certains troubles comme l’autisme ( atteinte de la capacité à développer une « théorie de l’esprit ») ou la schizophrénie considérée selon ces critères comme un trouble lié à un « déficit de cognition sociale ».

Le problème est à chercher dans ce que F.Wolff écrit : « Car, dès lors qu’on croit pouvoir l’expliques ( la conscience phénoménale ), on s’aperçoit que c’est toujours un aspect de la conscience psychologique qu’on explique. Il y a toujours un gouffre entre tout ce que nous pouvons dire, en troisième personne, c’est à dire objectivement, au sujet de la conscience et la richesse phénoménale et infraconceptuelle du monde éprouvé en première personne, c’est à dire subjectivement. » (p.352)

Et il rajoute : « toute description scientifique du monde et de l’esprit, y compris celle des neuro-sciences, est compatible avec l’absence de conscience. On peut naturaliser l’intentionnalité, qui était un Himalaya à conquérir, mais non la conscience, qui parait relever d’un autre ordre. Non seulement on ne peut pas l’expliquer mais on ne saurait même pas ce que serait une explication…. »

Et, plus loin… « Peut-être la conscience fait-elle partie des fondamentaux de la physique ( non de la biologie) au même titre que la masse ou l’espace-temps, entités irréductibles à d’autres, dont on ne cherche pas à rendre compte puisqu’elles permettent de rendre compte des autres, et dont néanmoins on peut faire la théorie en montrant quelles relations nécessaires elles ont entre elles. » (p.353)

L’objectif de F.Wolf est de montrer qu’il n’y a pas d’avantage à considérer le « monisme » corps-esprit comme plus « vrai », « scientifiquement », que le « dualisme » cartésien.

« … L’irréductible dualité de la conscience et du corps est probablement à l’origine du dualisme métaphysique qui est le seul fond commun à toutes les croyances religieuses : la croyance en mon « âme », à son indépendance par rapport à mon corps, à sa survie ou à sa pré-existence, la croyance en l’âme des ancêtres ou des morts… »

Ainsi, même si la croyance religieuse a un fond naturel, elle ne peut pas être réduite à ce seul aspect.

Mais cette argumentation reste en creux quant à définir ce qu’est l’humanité car elle peut être contredite jusqu’à un certain point que précise l’auteur.

Même s’il est impossible de connaître intimement les « états d’âme » de mon voisin ou de mon ami, il est possible de lui parler.

« Mais le monde dans lequel je vis est un monde commun parce que nous disposons du langage par lequel la première personne peut se dire être comprise en troisième personne en s’adressant à une seconde personne…. C’est par le langage que le monde devient commun, et c’est dans ce monde que nous vivons, nous autres humains, et non dans un monde de « qualias » (conscience phénoménale) », qui sont spécifiques à « mon monde privé »…

Au fond et c’est la synthèse qui vaut conclusion : « Les quatre figures de l’homme sont à double face : théorique et pratique, cognitive et normative, scientifique et morale. La science ne peut pas nous dire ce qu’est l’homme, pas plus qu’elle ne peut nous dire ce qu’il doit faire. On ne peut pas dire ce qu’est l’homme à partir de ce que nous en dit la science. Mais, en revanche, on peut en conclure au moins que l’homme est l’être « capable de connaissance scientifique » et, « capable de conduite morale ». (p.357)

« …que l’humanité est la capacité à atteindre le savoir et à viser une connaissance universelle. »( p.363)

jean-claude Bourdet.

L’article Une lecture du livre de Francis Wolf : Notre humanité, d’Aristote aux neurosciences. hdp, Fayard, 2010. est apparu en premier sur Jean-Claude Bourdet.

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